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Exploitation sexuelle des mineurs.. sauriez-vous reconnaître les signaux avant qu’il ne soit trop tard ?

Le silence d’un enfant, le cri d’une mère

Les signalements de mineurs en situation de prostitution sont de plus en plus nombreux, les victimes de plus en plus jeunes. Entre 15 000 et 20 000 jeunes, majoritairement des filles, seraient concernées. Selon l’Observatoire des violences faites aux femmes, les actes d’achat sexuel impliquant des mineurs ont doublé en 10 ans. La moyenne d’âge est à 14 ans, avec certains enfants exploités dès l’âge de 11 ou 12 ans, l’âge des proxénètes est également alarmant, entre 16 et 25 ans environ, et le phénomène touche toutes les régions et tous les milieux sociaux.

Au cours de la journée « comprendre pour agir » organisée par DAPAT à Bordeaux le 10 juin 2025 une mère a eu le courage de prendre la parole pour raconter la torture infligée à sa fille et le calvaire vécu. Sarah (nom d’emprunt) et son mari sont tous deux cadres supérieurs et vivent dans une ville moyenne très tranquille. Leur fille est scolarisée dans un lycée privé, parle trois langues, pratique le sport et la musique, ne sort pas le soir. Une famille sans histoires, jusqu’au jour où …


LE TÉMOIGNAGE D’UNE MÈRE I Propos présentés par Pascale Bourgogne

« L’été 2023, notre fille tombe amoureuse d’un jeune homme et fait peu de temps après une fugue de deux jours. Lorsqu’elle rentre, elle n’est plus la même, son regard est étrange et vide. Après nous être interrogés sur un éventuel harcèlement scolaire (nous n’avons pas la réponse), nous avons craint qu’elle ne soit tombée entre les griffes d’un dealer. Elle n’a rien dit. Son état ne s’améliorant pas, nous avons fini par l’emmener aux urgences psychiatriques : elle est alors hospitalisée. Elle ne peut pas parler. Lorsque son père la prévient qu’il va couper tous les réseaux sociaux, elle fait une violente crise de décompensation psychotique. » se souvient Sarah.

« Nous apprenons par la psychologue de l’hôpital qu’elle a dit avoir eu des relations sexuelles tarifées. Impensable et insupportable. Nous comprendrons ensuite que notre fille a subi un viol collectif, en l’absence de « son amoureux » qui pourra ainsi se présenter ensuite comme un « sauveur », sans qui rien ne serait arrivé. »

Une technique bien rodée, qui passe par la destruction de la jeune fille par un acte barbare, première phase de la mise en place d’un processus d’emprise parfaitement au point. Ces viols s’accompagnent de multiples violences, strangulations et autres actes terribles. « Notre fille avait des hématomes autour du cou quand elle est arrivée chez nous » explique Sarah. Les victimes sont si gravement choquées qu’elles se trouvent comme dépersonnalisées, et bien que cela semble incompréhensible, elles retournent vers leurs bourreaux pour retrouver cette violence qu’elles connaissent et qui va en quelque sorte les « anesthésier ». Une dépendance, « un peu comme une drogue » semble-t-il.

« Bien sûr, nous portons plainte. » nous dit la mère de la jeune fille. « Une enquête est ouverte, mais notre fille ne parle pas. Avec une autre maman, nous avons identifié au moins huit proxénètes dans notre ville, mais la police a du mal à croire que ce soit possible dans une agglomération sans histoires de 40 000 habitants … »

« Notre fille a été détruite » et sa famille avec elle, même si nous cherchons ensemble à nous en sortir. « Ma fille avait le projet de devenir médecin », mais ce n’est bien sûr plus une préoccupation principale pour cette mère qui souhaite seulement voir sortir sa fille de ce cauchemar. « J’ai toujours voulu croire qu’il y avait quelque chose de bon chez tout être humain … ce n’est plus le cas. »


En 2024, 12 486 mineurs ont été enregistrés comme victimes d’exploitation sexuelle par les services de police et de gendarmerie, soit 89 % de l’ensemble des victimes recensées. Parmi les 11 068 mineurs victimes de violences sexuelles, 659 l’ont été de proxénétisme ou de prostitution, et 94 % d’entre eux sont des filles. Entre 2016 et 2024, les victimes mineures d’exploitation sexuelle ont augmenté de +140 % par an.

Le témoignage de Sarah n’est pas un cas isolé. Il rappelle que ce phénomène ne connaît ni frontière sociale, ni frontière géographique, et qu’il progresse plus vite que notre capacité collective à le détecter et à y répondre..

Face à ce constat, agir n’est plus une option.

Repérer les signaux, informer les familles, soutenir les associations de terrain qui accompagnent les victimes : chacun de ces leviers compte. C’est tout le sens de l’engagement de DAPAT auprès des structures qui luttent chaque jour contre l’exploitation sexuelle des mineurs. Pour aller plus loin, retrouvez l’intégralité de ce dossier dans le DAPAT Magazine, consacré à la prostitution des mineurs.

SOS Femme en détresse